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Le destin est entré dans la boutique de porcelaine avec son marteau-piqueur…

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 4 juillet 2008 à 9:36
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Le destin est entré dans la boutique de porcelaine avec son marteau-piqueur…
Comment survivre à des drames quand on n'arrive pas à se les expliquer?
Le destin est entré dans la boutique de porcelaine avec son marteau-piqueur…
Certains drames arrivent parfois et on se demande, en pensant fort fort à la famille: «Merde, comment vont-ils s'en sortir?» Eh bien, j'ai fait l'exercice hier après avoir appris au téléphone une nouvelle froide comme la morgue. J'ai raccroché bredouille. Y'a pas à dire, la vie est indéfinissable et le destin se charge de nous rapidement en entrant dans notre boutique de porcelaine avec ses bottes capées d'acier et son marteau-piqueur.
Voici, de manière ultra résumée, ce que l'émissaire au bout du fil m'a raconté: une de ses amies venait de perdre son père et, le lendemain ou quelques jours après les obsèques, son frère est décédé dans un accident de la route en repartant chez lui. Boum, deux claques 'dans face, deux poignards bien plantés.

Je sais pas pour vous, mais on devrait tous annuler nos projets ce week-end, embarquer dans notre voiture, dépenser 400$ en essence pour faire 50 km et aller exprimer notre profond regret à cette famille. Sans farce, quelle perte immense! Imaginez-les, larmoyants: deux êtres qu'ils aimaient profondément se sont envolés dans la même semaine sans que la faucheuse ne leur ait laissé le temps de digérer leur première assiette. Ça me rappelle le genre de détresse qu'a dû vivre Pierre-Hugues Boisvenu… Sauf que là, c'est coup sur coup; pif! paf! et on n'en parle plus.

«Quessé qu'on peut ben faire…», vous surprendrez-vous à dire les épaules soulevées par la gêne et la peine, le visage en berne. Ben oui, que pouvons-nous y faire à ce genre de film d'épouvante? On peut pas sortir en plein milieu en jurant de ne plus revenir au cinéma avant une semaine, ou jouer au frisbee avec le DVD, le scénario nous est imposé, et on se sent comme le mongol à batterie dans Orange Mécanique qui regarde des images contre son gré avec des cure-dents sur les yeux. On assiste en quelques jours à deux pertes, une naturelle, l'autre surnaturelle. Un vol, un caprice du barbu multiplicateur de pains qui s'est levé de travers, une chiquenaude du diable derrière l'oreille du Gros Bon Sens.

Imaginez-moi ensuite, assis sur mon divan. J'encaisse les infos et ne peut réagir comme je le devrais. Je me sens alors insensible, égoïste… Mais, le réaliste en moi me donne un violent coup de pied sur le ventricule droit et me force à dire: "Ayoye!" Ce "Ayoye" ne découle pas de ma douleur au ventricule droit, mais bien de mes efforts à comprendre cette vie qui est la nôtre. Je ne peux croire dans ces cas-là que des gens puissent prédire l'avenir, car ils sont comme nos pas meilleurs chums: ils se manifestent quand le déménagement ou que la job sale sont terminés.
La vie la vie
Le sens de la vie, mes chers amis, c'est… vivez. Quand la voix m'a décoché ces flèches empoisonnées hier, je me rappelais brusquement toutes ces chaînes de courriels qui nous énervent tant et qui font l'apologie de la vie, de l'amour, de l'amitié… et les autres indésirables sur la crème auto-bronzante, les bas bruns dans des sandales, les moustaches à la Hitler dans une époque anti-poil comme le 21e siècle, la jeunesse dans toute sa splendeur bidulaire, etc.

Ces chaînes, bien que simplistes et redondantes, lancent des messages clairs que l'on devrait considérer plus souvent: «Aimez-vous», «Profitez de chaque petit moment», «Complimentez les gens autour de vous comme si c'était la dernière fois que vous les voyez», «Soyez responsable et donnez au suivant»… Vous reconnaissez?

Si j'avais vécu deux mortalités que je n'arrivais pas à m'expliquer dans ma famille en peu de temps, je laisserais mes grimoires de côté et je sauterais en bungee, je ferais un vol Ottawa-Jakarta attaché sur une des ailes de l'avion, je jouerais au polo en portant pas de polo, je couperais un arbre avec un dentier, je me déguiserais en Harry Potter avec les cheveux de M. Net, je sonderais les fonds marins à la recherche du poisson le plus laid jamais découvert, je cognerais à toutes les portes du Québec pour essayer de leur expliquer que la vie, c'est pas méchant quand c'est bien croqué… Bon, ok, je n'irais probablement pas faire de la plongée sous-marine, mais avouez qu'on peut en faire des affaires quand on se met à saturer notre agenda sans avoir pris ses médicaments!

Tout cela pour dire que j'offre mes sympathies à toutes les familles qui sont victimes du destin, celui-là même qui roule en Harley à l'heure du Jugement dernier en pesant trop sur le gaz. Celui-là même qui nous sépare des êtres que l'on aimait, et qui nous rapproche de ceux que l'on peut encore aimer. Cet imprévisible qui joue à la roulette à numéro et à la roulette russe et dont le hasard fait trop de ravages…

Alors quoi dire d'autre que: «Aimez-vous les uns les autres, maintenant et jusqu'à l'heure de votre mort. Apportez votre vin. Amen.»

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